Halakha de la semaine
Le Chofar de Roch Hachana — Cette année, le premier jour tombe Chabbat
Qui doit entendre le chofar, quand sonne-t-on cette année et que change le Chabbat dans la prière ?
Eloul et Yamim Noraïm
Cette année 5787 présente une particularité importante : le premier jour de Roch Hachana tombe Chabbat.
Nous célébrerons donc le premier jour sans entendre le chofar, et ce n'est que le deuxième jour que nous accomplirons la mitsva de l'écouter.
Pourquoi ne sonne-t-on pas du chofar Chabbat ? Qui est tenu de l'entendre ? Quelle est la situation des femmes ? Et quelles modifications faut-il connaître dans la prière cette année ?
Le premier jour tombe Chabbat : pas de chofar
La Torah nous ordonne la mitsva du chofar à Roch Hachana. Pourtant, lorsque Roch Hachana tombe Chabbat, on ne sonne pas du chofar.
Ce n'est pas parce que sonner du chofar constituerait en soi une mélakha interdite par la Torah : la Guemara enseigne au contraire que la mitsva du chofar l'emporterait sur le Chabbat.
Nos Sages ont institué de ne pas sonner ce jour-là גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִטְּלֶנּוּ בְּיָדוֹ וְיֵלֵךְ אֵצֶל הַבָּקִי לִלְמוֹד — par crainte qu'une personne ne prenne le chofar en main et n'aille chez celui qui sait sonner pour apprendre, et ne le transporte ainsi dans le domaine public.
Ainsi, le premier jour de Roch Hachana cette année, aucun chofar ne sera sonné dans le cadre habituel de nos communautés. Le deuxième jour, qui ne tombe pas Chabbat, nous accomplirons normalement la mitsva.
En pratique, cette année :
Premier jour, Chabbat : pas de chofar. Dans le Ma'hzor, on dit זִכְרוֹן תְּרוּעָה — Zikhron Teroua, « souvenir de la sonnerie ».
Deuxième jour : mitsva du chofar, avec ses berakhot et l'ensemble des sonneries.
Cette année nous rappelle ainsi une idée forte : parfois, nous accomplissons la volonté d'Hachem en faisant retentir le chofar ; et parfois, nous l'accomplissons précisément en nous abstenant de le faire.
La mitsva est d'entendre le chofar
La berakha elle-même nous enseigne la nature de la mitsva :
בָּרוּךְ אַתָּה ה׳ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ לִשְׁמֹעַ קוֹל שׁוֹפָר
Baroukh Ata Hachem Elo-hénou Mélekh Haolam, acher kidéchanou bemitsvotav vetsivanou lichmoa kol chofar.
« Béni sois-Tu Hachem, notre D.ieu, Roi du monde, Qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous as ordonné d'entendre la voix du chofar. »
Le Choul'han Aroukh précise que l'on récite cette berakha avant de sonner, puis Chéhé'héyanou.
Le deuxième jour, le tokéa — celui qui sonne — récite les berakhot et le public répond Amen, avec l'intention de s'acquitter de la mitsva. Celui qui écoute doit lui aussi avoir l'intention d'accomplir la mitsva.
Les sonneries sont composées de la Tekia, des Chevarim et de la Teroua. Les différentes combinaisons répondent au doute transmis par nos Sages sur la forme exacte de la Teroua prescrite par la Torah.
Hommes et femmes : la même mitsva, mais pas la même obligation
Il existe ici une différence halakhique importante.
L'homme adulte est tenu d'entendre le chofar. La femme, en revanche, en est dispensée, car le chofar appartient à la catégorie des מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא — Mitsvat assé ché-hazeman guerama, les mitsvot positives dépendantes du temps. Le Choul'han Aroukh le formule ainsi : אִשָּׁה פְּטוּרָה מִשּׁוּם דַּהֲוֵי מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא.
Cela ne signifie pas qu'une femme ne doit pas entendre le chofar. Bien au contraire : les femmes ont pris depuis des générations le très bel usage de venir l'écouter, et elles reçoivent une récompense pour cette mitsva.
Sur la berakha, il y a en revanche une différence entre les usages. Selon Maran, et tel qu'est le minhag séfarade rapporté par le Yalkout Yossef, une femme qui entend volontairement le chofar ne récite pas elle-même la berakha, puisqu'elle en est dispensée ; et un homme qui a déjà accompli son obligation et qui sonne ensuite uniquement pour des femmes ne récite pas non plus la berakha pour elles.
Le Rema rapporte à cet endroit un usage achkénaze différent, selon lequel les femmes récitent elles-mêmes la berakha sur les mitsvot dépendantes du temps. Chacun suivra l'usage de sa communauté.
Cette année : attention aux mots du Ma'hzor
Puisque le premier jour tombe Chabbat, il ne suffit pas de se souvenir qu'il n'y aura pas de chofar : certaines formulations de la prière sont elles aussi adaptées au Chabbat.
Dans les passages concernés, on mentionne אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת הַזֶּה — Et Yom HaChabbat Hazé, « ce jour de Chabbat ».
Et surtout, puisque le chofar n'est pas sonné le premier jour, on dit זִכְרוֹן תְּרוּעָה — Zikhron Teroua, « souvenir de la sonnerie », et non la formulation habituelle Yom Teroua.
Cette distinction n'est pas une simple convenance de texte : nos Sages la tirent de deux versets. L'un dit שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה, l'autre יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם. La Guemara résout ainsi : le premier verset parle d'un Yom Tov qui tombe Chabbat, le second d'un Yom Tov qui tombe en semaine.
Le plus simple est de suivre attentivement le Ma'hzor correspondant au jour de Roch Hachana qui tombe Chabbat : les variantes propres à ce cas y sont imprimées, et l'on n'a pas à les reconstituer de mémoire.
Malkhouyot, Zikhronot et Chofarot restent au cœur du Moussaf
Le fait de ne pas sonner le premier jour ne supprime évidemment pas les trois grandes parties particulières du Moussaf de Roch Hachana.
מַלְכֻיּוֹת — Malkhouyot : nous proclamons la royauté d'Hachem.
זִכְרוֹנוֹת — Zikhronot : nous demandons que notre souvenir et celui de tout Israël montent favorablement devant Lui.
שׁוֹפָרוֹת — Chofarot : nous évoquons le chofar du don de la Torah, celui de Roch Hachana et celui qui annoncera la délivrance future.
Le premier jour, nous ne faisons pas retentir le chofar, mais le chofar demeure au centre même de notre prière.
Comment écouter correctement le chofar le deuxième jour ?
Le deuxième jour, au moment des sonneries, quelques règles simples permettent d'accomplir correctement la mitsva.
On écoutera attentivement les berakhot du tokéa et l'on répondra Amen, avec l'intention de s'acquitter de la mitsva. On écoutera ensuite attentivement toutes les sonneries, en évitant les conversations inutiles pendant cette période.
Le Choul'han Aroukh est explicite sur ce point : לֹא יָשִׂיחַ לֹא הַתּוֹקֵעַ וְלֹא הַצִּבּוּר בֵּין תְּקִיעוֹת שֶׁמְּיֻשָּׁב לִתְקִיעוֹת שֶׁמְּעֻמָּד — ni celui qui sonne ni le public ne parlent entre les tekiot de-meyouchav, les premières sonneries, et celles que l'on entend ensuite debout, pendant le Moussaf.
Le chofar n'est pas seulement quelque chose que l'on entend : nous accomplissons une mitsva de la Torah par cette écoute.
Sources
- Talmud, Roch Hachana 29b — la raison pour laquelle on ne sonne pas Chabbat, et les versets Zikhron Teroua / Yom Teroua
- Choul'han Aroukh, Ora'h 'Hayim, Siman 585 §2 — la berakha לשמוע קול שופר, puis Chéhé'héyanou
- Choul'han Aroukh, Ora'h 'Hayim, Siman 588 §5 — Roch Hachana qui tombe Chabbat : on ne sonne pas
- Choul'han Aroukh, Ora'h 'Hayim, Siman 589 §4 et §6 — la dispense des femmes et la question de la berakha ; usage achkénaze différent dans la glose du Rema
- Choul'han Aroukh, Ora'h 'Hayim, Siman 592 §3 — ne pas parler entre les tekiot de-meyouchav et celles du Moussaf
- Rema, Ora'h 'Hayim, Siman 584 §1 — Avinou Malkénou n'est pas récité Chabbat
- Yalkout Yossef — Hilkhot Roch Hachana, lois du chofar et de la prière
- 'Hazon Ovadia — Yamim Noraïm, lois de Roch Hachana et du chofar
- Minhaguim du Maroc : Netivot HaMa'arav (Rav Eliyahou Biton), pour les usages de Roch Hachana rapportés dans l'encadré
Ces fiches présentent les règles générales. Pour toute situation personnelle ou particulière, il convient de consulter une autorité rabbinique compétente.